Anna de Noailles, l’ivre de sa vie – Libération

Chronique “Fier de lettres”Cas

Chaque mois, la Bibliothèque nationale de France met en lumière les ouvrages d’auteurs méconnus, en téléchargement gratuit dans Gallica. Aujourd’hui, la princesse roumaine devenue poétesse romantique française, célébrée avec l’exaltation d’une existence même.

Il y a 90 ans, le 30 avril 1933, nous quittions Anna de Brancovan, princesse roumaine, devenue comtesse de Noailles par son mariage avec Mathieu de Noailles. Son œuvre, caisse de résonance de la vie terrestre, témoigne de sa sensibilité vivante, de sa capacité d’émerveillement et de son sens du romantisme. Son succès et son existence restent pleins de mélancolie.

Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France et de ses partenaires, représente le destin extraordinaire de la “Reine du Verbe” car nombre de ses écrits s’y trouvent : d’innombrables coeurs, sa première collection, le dernier couplet, sans éliminer Poème sundanais, Force éternelle et ses romans. Ses traces biographiques sont nombreuses et variées : correspondances inédites, photographies prises lors de réceptions ou à son domicile, archives de discours pour écouter ses vers, partitions musicales qui accompagnent ses récits au piano. Une exposition lui est consacrée à la Bibliothèque nationale en 1953.

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Ses mémoires apparaissent dans le titre le livre de ma vie. Ce dernier écrit d’Anna de Noailles, publié le 14 juin 1932 chez Gallimard, est une ode à ses souvenirs d’enfance, écrite dans une prose poétique, musicale et fluide. suite publiée dans le titre livre de ma vie (ado) Le premier chapitre parut en décembre 1931 la revue parisienne. Les chapitres suivants ne verront jamais le jour. Souffrante et fatiguée, Anna de Noailles décède à l’âge de 56 ans, laissant ses mémoires inachevés.

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“Princesse de l’Est”

Anna est née le 15 novembre 1876 à Paris, dans une famille élevée avec toute la culture orientale. Son père, le prince Grégoire de Brancovan, est issu de deux grands noms de la noblesse roumaine : Bibesco et Mavrocordato. Quant à sa mère, Rachel Musurus, il est né à Constantinople dans une famille de diplomates et d’érudits puisque son père, Constantin Musurus Pacha, grand nom de la Sublime Porte, traducteur grec de la Divine Comédie, était ambassadeur à Londres. Rachel y passa sa jeunesse et s’y maria. Avec cet ancêtre, Anna a hérité de plusieurs surnoms tels que “Princesse d’Orient”, “Cléopâtre” ou encore “petite assyrienne”. Pourtant, tout au long de sa vie, il restera profondément français de culture et d’âme, comme en témoigne ce vers élogieux et admiratif tiré de rayonner : Ô verdure de la France, ô noblesse du monde.”

La famille s’installe fin 1879 dans un hôtel particulier parisien décoré à la manière d’un palais des mille et une nuits, au 34 avenue Hoche, avec leurs trois enfants : Michel-Constantin, l’aîné, Anna et Hélène, la cadette. .

Les Brancovans passent chaque été à Amphion, près du lac Léman. Un nom à résonance mythologique, Amphion, fils d’Antiope et de Zeus, est un lieu béni et des rencontres avec la nature que le culte célèbre. Il n’a pas hésité à déclarer : Amphion est ma vie» et écrivait régulièrement de vrais hymnes : “La nature au cœur profond où repose le ciel / Personne n’aimera jamais autant que moi.”

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La princesse orientale s’avère être plus qu’une nymphe, ce qui lui vaudra son premier grand succès d’auteur lors d’un dîner offert le 30 mai 1901 par Robert de Montesquiou, un ami de Proust. Sarah Bernhardt récite un de ses poèmes au cours de la soirée. Le premier moment de gloire pour Anna, qualifiée de grande dame divine», selon Anatole France.

L’amour est contingent et pluriel

Même installés en France, les Brancovans resteront toujours proches de la cour royale britannique. En août 1885, les Brancovans reçoivent à Amphion le prince de Galles, futur Edouard VII, accompagné de ses deux fils. Il est servi un “Bon thé”, dans une théière en argent, “fleur porcelaine” et cher pain et beurre à l’Angleterre“. Le livre de ma vie nous raconte aussi, avec humour et tendresse, le souvenir d’une petite fille lors de la rencontre avec Louise-Victoire d’Angleterre, fille d’Edouard VII. Rachel, la mère d’Anna, parfaitement bilingue, a préparé sa fille pour le discours de bienvenue qui se termine avec elle bienvenue dans le grand“. En proie à l’émotion, Anna dira “votre miel royal” (miel royal), ce qui lui vaudra de fortes remontrances de sa mère et un sentiment de culpabilité. Anna observe attentivement les aristocrates qu’elle rencontre. Lors d’un voyage sur la corniche de Nice en 1897, il rencontre la reine Victoria et se décrit comme une petite dame noire avec un visage de hibou fatigué“.

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Mes livres que j’ai faits pour toi, oh jeune homme.” Malgré une santé fragile, Anna était une belle femme qui en séduisit plus d’un. Exalté, sensible et passionné, il a une soif insatiable d’éloges et d’admiration. Une véritable héroïne à la Henry James, rencontrée par hasard à Londres en 1907, lors d’une lecture. Son carnet de chasse est éloquent : il y a Maurice Barrès, son neveu Charles Demange, Edmond Rostand et son fils, Léon Daudet, et d’autres. La relation avec le controversé Maurice Barrès devient une obsession. Une passion partagée malgré le mariage de l’autre et leurs nombreux désaccords intellectuels. Mais au-delà de l’amour contingent et pluriel, Anna est à la recherche de l’Amour avec un A majuscule. Une quête inachevée est présente dans nombre de ses écrits.

Une Comtesse engagée

La comtesse Anna de Noailles est aussi une femme engagée, une dreyfusarde confiante, présente dans les coulisses de la Grande Guerre, qui la terrifie. Il envoie des lettres aux soldats du front, visite les blessés, la chaise de gala de la “gueule brisée”, rencontre Poincaré, reçoit Clemenceau et Aristide Briand chez lui, participe à la Conférence de la Paix à Versailles et consacre une partie de la collection. Force éternelle à la tragédie de la guerre.

Mais la dernière phrase de ses Mémoires est dédiée à Marcel Proust, son grand ami et admirateur sans faille : Anaxagore a dit, la vie est un voyage…” De cette vie foisonnante, il aura donc trouvé une âme sœur en l’auteur recherche. Les voies de l’amitié dans l’environnement mondial ne peuvent être pénétrées.

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